Je te baptise (partie 2)
Ayant eu l'occasion d'analyser et d'appréhender différents métiers à l'occasion de démarches processus, j'ai souvent remarqué la façon donc nous attribuons un nom aux choses joue énormément sur la productivité du travail de l'entreprise.Nous employons spontanément différentes stratégies pour nommer les objets qui nous entourent :
- le nommage géographique (en fonction du lieu où se trouve l'objet). Par exemple "la salle machine du sous sol". Inconvénient, le jour où on déménage ...
- le nommage temporel. Par exemple "le courrier de la matinée" : on ne dit pas s'il est reçu ou émis, et si un jour on l'envoie l'après midi ...
- le nommage en fonction de la forme. Par exemple : "la boite hexagonale", "le diagramme en étoile". Cette façon de parler induit la difficulté à changer la forme de la boite, à concevoir une autre forme de boite, à penser qu'une autre forme est dans le domaine de l'envisageable...
- le nommage en fonction de la couleur. "la boite noire". Idem.
- le nommage en fonction du propriétaire ou de la personne qui l'utilise. Par exemple : "Mon PC"
- la référence à une expérience partagée certains acteurs. Exemple "le PC du bac à sable" (il y avais une salle de machine qui, pour des raisons historiques avais été appelée "le bac à sable", le fait de mentionner le PC du bac à sable introduit un degré de connivence entre les gens ayant connu cette époque)
- le nommage générique, c'est à dire insignifiant. Exemples : les "données", nom bateau par excellence. Variantes :"les données RH", "les données de production", "les données de base" (des bases de données !), le clou étant "les données enrichies" (sous entendu : les données des autres sont plus pauvres) . Comment va-t-on nommer les données de la version 3 ? les données "encore plus enrichies" ?
En fait, c'est beaucoup plus pratique quand on donne un Identifiant aux choses ou un nom signifiant indépendant des "contingences" géographiques / temporelles / structurelles / organisationnelles. Le nom le plus efficace est fonctionnel, c'est à dire directement représentatif de l'activité du métier. Exemple "le système de lecture optique des courriers entrants".
Voilà pour nommer les objets.
Pour parler de nos activités, nous faisons exactement les mêmes erreurs.
- les activités nommées par l'acteur qui réalise l'activité ou qui réceptionne le résultat. Par exemple : "Envoyer le pli au bureau 25"
- les activités nommées en fonction de l'endroit où elle est réalisée. Par exemple : "Préparer la commande en salle de départ".
- les activités nommées en fonction du moment où elle est réalisée
- les activités nommées en fonction de la façon détaillée de la réaliser
- les activités nommées en fonction du nom de l'application informatique servant de support à l'activité.
- les activités nommées de façon générique et insignifiantes. Exemple typique "gérer", nom bateau d'activité qui signifie tout et n'importe quoi.
Pour moi, la façon la plus efficace de nommer un travail est la façon fonctionnelle, c'est à dire de dire ce qui est fait et pour obtenir quel résultat. De plus, il vaut moeyx utiliser un verbe plus un complément d'objet. Exemple "préparer un plateau de fruits de mer".
Le plus souvent, on ne nomme pas les choses consciemment. On le fait par habitude, par héritage, ou pour parler comme les autres, sans s'imaginer que la façon de parler des choses conditionne l'efficacité du travail.
Voilà pour nommer les activités.
Dernier type de nommage inefficace : le nommage des réunions.
Parmi les noms possibles pour nommer les réunions, on trouve : les "comités", les "séminaires", les "groupes de travail", les "réunion de travail", les "points", sans oublier les "chantiers" et les "ateliers".
Ces façons de nommer ont toute un point en commun : aucune ne précise ce qu'on va y faire.
La pire dénomination est, de mon point de vue, "groupe de travail".
"Constituer un groupe de travail", c'est déjà éclipser toute forme d'objectif, de résultat, de production, de compréhension du rôle de chacun dans le travail.
Mauvais exemple "Ce groupe de travail a pour objectif de faire le point sur les travaux en cours, de restituer les premiers résultats obtenus, qui serviont de base à la mise en place des comités de réflexion lors des prochaines étapes couvrant les différents domaines identifiés aux étapes précédentes". etc, etc, etc.
Bon exemple "Lors de la prochaine réunion, XXX présente les résultats de la faisabilité technique de la demande YYY, ses conséquences sur les systèmes connexes, ainsi qu'une estimation du coût global de mise en place, dans le but de décider si cette évolution doit être conduite dans court terme" (le travail est explicite, le résultat attendu est explicite)
Christophe Thiry


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