Pauvre, pauvre Lampil !
Vous connaissez Lampil ?Cette BD hilarante de 1974 qui mettait en scène un dessinateur, auto-caricature de son auteur Willy Lambil, râleur, jamais content et prompt à se disputer avec Cauvin son scénariste qu’il déteste. Il faut dire que Lampil attirait les ennuis et les situations cocasses. Il sort de chez son dentiste la bouche encore anesthésiée et sa femme l’envoie faire des courses alors qu’il ne peut prononcer un mot… Un joli petit bijou d’humour.
Les histoires se terminaient souvent par « Pauvre Lampil ».
Redevenons sérieux. Je viens de lire un article sur le livre Stratégies Technologiques de Geneviève Féraud.
Ce livre nous explique, paraît-il, comme le SI peut créer de la valeur pour l’entreprise. Jusque là le sujet semble intéressant. Le livre donne des pistes : Fabriquer de « l’information-produit » pour les clients, par exemple, la traçabilité du colis postal… On sait le faire grâce au SI d’où le SI qui produit de la valeur pour l’entreprise. OK.
Cependant, il enchaine vite autour de la litanie du syndrome « DSI qui ne peut pas faire son travail » et nous énumère toutes les raisons pour lesquels « les DSI » échouent et changent de poste tous les quatre ans, comme on nous affirme de toute part.Et bien je commence à en avoir assez de toute cette médiocre littérature. Et j’en ai assez de tout cet état d’esprit défaitiste.
Et pourquoi le DSI ne peut pas faire son travail ?
Parce que le DG ne voit dans le SI qu’un centre de coût, et d’ailleurs, le DG s’en fout du SI, non ?
(Pauvre Lampil)
Parce que la DSI est souvent rattachée hiérarchiquement au DAF et que le DSI n’est pas convié au comité de direction alors le DSI ne sait pas ce qui se prépare demain ?
(Pauvre, pauvre Lampil)
De plus on lui demande de revoir ses dépenses à la baisse alors qu’il aurait plein de projets à faire pour changer les versions d’Oracle ?
(Pauvre, pauvre, pauvre Lampil)
Et ses équipes sont majoritairement de culture technique et n’ont pas de vision business ?
(Pauvre, pauvre, pauvre, pauvre Lampil)
Et puis on lui demande de tout externaliser, et il faut un an pour le faire puis ca ne marche pas alors après on lui demande de tout ré-internaliser et puis ca ne marche pas mieux !
(Pauvre, pauvre, pauvre, pauvre, pauvre Lampil)
Et puis le DG l’appelle tout le temps pour lui soumettre un problème de mail qui ne marche sur son PC alors, vous voyez bien, il ne PEUT PAS formuler une stratégie à long terme !
(Pauvre, pauvre, pauvre, pauvre, pauvre, pauvre Lampil)
Et puis on exige du DSI qu’il connaisse toute l’entreprise alors qu’on ne l’exige pas du Directeur de la comptabilité !
(Pauvre, pauvre, pauvre, pauvre, pauvre, pauvre, pauvre Lampil)
Et puis DSI est un poste sous estimé, d’ailleurs le DSI n’est que rarement promu DG !
(Pauvre, pauvre, pauvre, pauvre, pauvre, pauvre, pauvre, pauvre Lampil)
Et finalement il est démissionné au bout de quatre ans ? Alors, là, permettez-moi de sortir un ample mouchoir et d’essuyer mes yeux. C’est l’émotion. Bon, ca va mieux. Merci.
En tout cas, je ne sais pas si c’est comme ca qu’on va attirer les personnels de qualité vers l’informatique…
Ceci étant, réflexion faite, tout ce discours d’auto-apitoiement n’est finalement pas si mal car, en prenant chaque phrase à l’envers, on découvre les bonnes règles pour réussir professionnellement :
- éduquer son chef
- négocier ses objectifs
- faire grandir ses collaborateurs et élargir leur champ de vision
- viser la réussite
- ne pas rechercher à être compris mais agir d’abord …
Voilà ce qui pourrait attirer les recrues: "l'informatique, un défi permanent"
à bientôt.
Christophe



4 Comments:
Excellent résumé !
Et ... oui, je vous rejoins : je ne crois pas que ce soit un bon moyen pour attirer les talents vers l'Informatique.
Cela fait quelque temps tout de même que, paradoxalement, on considère le SI comme étant au coeur de la stratégie d'Entreprise, levier d'amélioration et de profitabilité ... alors qu'il reste le parent pauvre des Comités Directeurs, vu au travers du prisme Coûts et non Profits.
Merci pour votre commentaire, qui me suggère deux remarques.
1 - A la réflexion, je trouve tout de même étrange que l'on exige des simples cadres intermédiaires des qualités comme celles qui sont citées, alors que l'image du DSI telle qu'elle est véhiculée dans la littérature est véritablement déplorable.
2 - Si le SI reste le "parent pauvre du CODIR" alors que le SI devrait "être considéré comme étant au coeur de la stratégie d'Entreprise", cela signifie peut être que l'adage ne s'applique pas à votre entreprise ...
Il y a beaucoup entreprises pour lesquelles le SI n'est pas au coeur de la stratégie (les mutuelles par exemple...) et bien c'est peut être bien comme ca !
à bientôt. Christophe
Très bonne vision d'une réalité.
Je me suis toujours méfié des flatteries simplistes: "Le SI au centre de la stratégie d'entreprise". Certes, mais ce centre se trouve à la même profondeur que le noyau par rapport à la surface de la terre. Il est nécessaire et ces soubresauts désastreux, mais qui s'en préoccupe tous les jours. En bien les géologues, autrement dit, les contrôleurs de gestion.
Merci pour votre commentaire
Christophe
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